L'assurance décennale : la protection qui survit à l'entreprise
Mis à jour le 19 août 2026 · Information générale — ne décrit jamais une entreprise en particulier et ne constitue pas un conseil juridique.
- Tout constructeur est responsable de plein droit, pendant 10 ans après la réception, des dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination (art. 1792 du code civil).
- L'assurance couvrant cette responsabilité est obligatoire (art. L241-1 du code des assurances) : travailler sans elle est un délit passible de 75 000 € d'amende et 6 mois d'emprisonnement (art. L243-3).
- La garantie court même si l'entreprise disparaît : c'est l'assureur qui indemnise — à condition qu'un contrat ait été valide à l'ouverture du chantier.
- L'attestation doit être jointe aux devis et factures (art. L243-2) : la demander n'est pas de la défiance, c'est l'exercice d'un droit.
Ce que couvre la garantie décennale
Le régime vient du code civil (art. 1792 et suivants) : tout constructeur — entreprise, artisan, maître d'œuvre — est responsable de plein droit, envers le maître d'ouvrage et les propriétaires successifs, des dommages qui, pendant dix ans à compter de la réception :
- compromettent la solidité de l'ouvrage (fissures structurelles, effondrement, affaissement de charpente…) ;
- ou le rendent impropre à sa destination (infiltrations généralisées, défaut d'étanchéité majeur, installation rendant le logement inhabitable…) ;
- y compris via les équipements indissociables du bâti.
« De plein droit » signifie que vous n'avez pas à prouver une faute : le dommage de nature décennale suffit, sauf cause étrangère. Ne relèvent pas de la décennale les désordres esthétiques et les menus défauts — couverts, eux, par la garantie de parfait achèvement (1 an) et la garantie de bon fonctionnement des équipements (2 ans).
À quoi ressemblent les désordres réels ? L'observatoire de l'Agence Qualité Construction, qui répertorie environ 50 000 dommages par an à partir des expertises d'assurance, répond sans ambiguïté : l'étanchéité à l'eau représente 67 % des désordres décennaux sur la période 2023-2025 — infiltrations par la toiture, les façades, les salles d'eau (rapport 2026). Loin des images d'effondrement, c'est l'eau qui fait jouer la décennale au quotidien.
Une assurance obligatoire — des deux côtés
Pour que cette responsabilité soit solvable, la loi du 4 janvier 1978 (dite « loi Spinetta ») a rendu l'assurance obligatoire :
- le professionnel doit être couvert par une assurance de responsabilité décennale à l'ouverture de chaque chantier (art. L241-1 du code des assurances). S'en dispenser est un délit : jusqu'à 75 000 € d'amende et six mois d'emprisonnement (art. L243-3) ;
- le maître d'ouvrage (vous, pour des travaux de construction significatifs) relève en principe de l'assurance dommages-ouvrage, qui préfinance les réparations sans attendre les recherches de responsabilité — en pratique rarement souscrite pour les petits chantiers de particuliers, ce qui rend la décennale du professionnel d'autant plus décisive.
Et pour que la couverture soit vérifiable, l'article L243-2 impose au professionnel de joindre son attestation d'assurance à ses devis et factures. La chaîne est donc complète : responsabilité (code civil), assurance (L241-1), preuve (L243-2).
La propriété la plus précieuse : la garantie survit à l'entreprise
C'est le point que trop peu de particuliers connaissent : la garantie décennale fonctionne en capitalisation. Le contrat valide à la date d'ouverture du chantier couvre ce chantier pendant dix ans — même si le contrat est résilié ensuite, même si l'entreprise cesse son activité, même si elle est liquidée. En cas de désordre, c'est l'assureur qui indemnise, pas l'entreprise.
Les conséquences pratiques sont immenses :
- dans un secteur où près d'un tiers des entreprises disparaissent en cinq ans (INSEE, génération 2018) et où la construction est le premier secteur pour les défaillances — 14 383 redressements et liquidations en 2025, soit 21 % du total national (Banque de France) —, la décennale est la seule protection qui reste debout dans la durée ;
- tout se joue à l'ouverture du chantier : c'est à cette date que le contrat doit être en cours — d'où l'importance de vérifier la période de validité de l'attestation par rapport à la date prévue de début des travaux, et non par rapport à la date du jour ;
- conservez précieusement l'attestation avec le devis et les factures : dix ans, c'est long, et c'est ce document qui identifiera l'assureur à contacter.
Décennale ou RC professionnelle : quel document pour quels travaux ?
Tous les travaux ne relèvent pas de la décennale — et le bon document à demander en dépend :
- travaux sur l'ouvrage (gros œuvre, couverture, plomberie, électricité, menuiseries posées, installations fixes…) → garantie décennale : demandez l'attestation ;
- éléments d'équipement dissociables (cuisine équipée, mobilier posé, plans de travail, miroirs…) → garantie de bon fonctionnement de deux ans (art. 1792-3 du code civil), pas de décennale en principe ; le document pertinent est l'attestation de responsabilité civile professionnelle, qui couvre les dommages causés pendant les travaux (dégât des eaux, casse, blessure) ;
- fourniture seule (matériaux, meubles, végétaux, sans pose) → aucune assurance travaux n'est due ; la RC du vendeur couvre les dommages liés à sa prestation de livraison le cas échéant.
La frontière se joue au cas par cas : une pose de cuisine qui comprend des raccordements de plomberie ou d'électricité fait basculer ces lots vers l'ouvrage. En cas de doute, la question se pose à l'entreprise — « ces travaux relèvent-ils de votre garantie décennale ? » — et sa réponse oriente le document à demander. À noter : la RC professionnelle n'est pas légalement obligatoire pour la plupart des métiers du bâtiment (contrairement à la décennale pour l'ouvrage) — son absence n'est pas un manquement, sa présence est une protection. Elle figure d'ailleurs très souvent sur la même attestation que la décennale.
L'attestation RC se vérifie comme une décennale — avec une différence de taille : il n'existe aucun modèle normalisé (l'arrêté du 5 janvier 2016 ne vise que la décennale). Les points qui se contrôlent : le SIREN du souscripteur doit être celui de l'entreprise du devis ; la période de validité doit couvrir la période des travaux — la RC couvre les dommages causés pendant le chantier, sans le mécanisme de capitalisation propre à la décennale ; les activités garanties doivent correspondre aux travaux. Les éléments manquants (assureur, numéro de contrat, période) ne sont jamais un manquement — les présentations varient — mais une attestation complète se demande sans difficulté. Et comme pour la décennale, seule la confirmation de l'assureur établit que le contrat existe et couvre la prestation : un e-mail de confirmation se prépare avec les mêmes questions.
Attestation non fournie : la demander, simplement
Quand le dossier ne contient pas d'attestation décennale, AvantAcompte l'indique comme une information — pas comme un reproche à l'entreprise : le document existe peut-être, il n'a simplement pas été transmis. La demande est banale et fondée en droit : l'attestation doit être jointe aux devis (art. L243-2). Un professionnel assuré la produit en quelques minutes — elle est délivrée par son assureur précisément pour cela.
Une fois l'attestation en main, sa lecture et sa vérification (période, activités, plafonds, authenticité) font l'objet d'un article détaillé — car une attestation se lit, et peut se faire confirmer par l'assureur.
Questions fréquentes
La garantie décennale marche-t-elle encore si l'entreprise a fermé ?
Oui — c'est tout son intérêt. Le contrat valide à l'ouverture du chantier couvre ce chantier pendant dix ans, indépendamment du sort de l'entreprise (principe de capitalisation). En cas de désordre, la demande d'indemnisation s'adresse à l'assureur mentionné sur l'attestation, d'où l'importance de conserver ce document.
Quels travaux sont concernés par la décennale ?
Les travaux de construction d'ouvrage : gros œuvre bien sûr, mais aussi de nombreux travaux de rénovation et d'aménagement dès lors qu'ils touchent la solidité ou rendent l'ouvrage impropre à sa destination (toiture, étanchéité, extension, installations indissociables…). Pour un chantier donné, la question « ces travaux relèvent-ils de votre décennale ? » figure dans l'e-mail de confirmation que AvantAcompte pré-rédige pour l'assureur.
Quelle différence entre décennale et dommages-ouvrage ?
La décennale est l'assurance du professionnel ; la dommages-ouvrage est celle du maître d'ouvrage : elle préfinance rapidement les réparations de nature décennale, puis se retourne contre les assureurs des constructeurs. Pour les gros chantiers elle est légalement requise ; en pratique, beaucoup de particuliers ne la souscrivent pas pour de petits travaux — raison de plus pour sécuriser la décennale du professionnel.
Le professionnel dit que ses travaux « ne relèvent pas de la décennale » : possible ?
Certains travaux légers (pure décoration, entretien sans incidence sur l'ouvrage) ne relèvent effectivement pas de la garantie décennale. Mais la frontière est technique et souvent mal comprise : en cas de doute, la question posée par écrit à l'assureur — quels travaux sont couverts, pour ce chantier précis — protège tout le monde.
Sources officielles
- Code civil, art. 1792 (responsabilité décennale des constructeurs)
- Code des assurances, art. L241-1 (obligation d'assurance)
- Code des assurances, art. L243-2 (attestations jointes aux devis et factures)
- Code des assurances, art. L243-3 (sanctions pénales)
- Service-Public — Assurance construction décennale
- Agence Qualité Construction — rapport de l'Observatoire de la Qualité de la Construction, édition 2026
- Banque de France — défaillances d'entreprises par secteur (statistiques mensuelles)