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Guide pratique

L'entreprise a fermé sans liquidation judiciaire : comment récupérer votre acompte ?

Mis à jour le 25 octobre 2026 · 16 sources officielles

L'essentiel
  • Fermer une entreprise n'efface pas ses dettes. Une société dissoute subsiste « pour les besoins de la liquidation » (art. 1844-8 du code civil), et son liquidateur doit payer ou provisionner toutes ses dettes avant de clôturer (Cour de cassation, 2007, arrêt publié).
  • Même après la clôture et la radiation, la Cour de cassation juge que la société subsiste tant que ses obligations ne sont pas liquidées : un mandataire peut être désigné en justice pour la représenter.
  • Un artisan en nom propre reste personnellement débiteur après sa cessation d'activité : ses patrimoines professionnel et personnel sont alors réunis (art. L526-22 du code de commerce), sa résidence principale restant protégée des créanciers professionnels.
  • Quand une société est absorbée par son associé unique (une autre société), ses créanciers ont trente jours, à compter de la publication au BODACC, pour faire opposition ; à défaut, la dette passe à cette société.
  • Les délais comptent : cinq ans en principe pour agir contre l'entreprise, trois ans contre le liquidateur fautif, cinq ans contre les associés à compter de la publication de la dissolution.

Fermée, mais comment ? Les situations à distinguer

Une entreprise peut cesser son activité sans passer par le tribunal. Le recours dépend de la situation, qui se lit dans les annonces légales et au BODACC :

  • Dissolution et liquidation amiable : les associés décident de fermer ; un liquidateur règle les dettes puis clôture. Annonce BODACC de type « Dissolution à l'amiable », avec le nom du liquidateur et le « siège de liquidation ».
  • Dissolution sans liquidation : une société dont l'associé unique est une autre société lui transmet tout son patrimoine. Annonce « Dissolution sans liquidation de la société ».
  • Artisan ou micro-entrepreneur en nom propre qui cesse son activité.
  • Société en sommeil (arrêt temporaire, deux ans au plus selon Service-Public) ou simplement injoignable : elle existe toujours.
  • Liquidation judiciaire : c'est une autre procédure, avec déclaration de créance dans un délai strict. Voir acompte versé, entreprise défaillante.

La radiation se lit aussi au BODACC (« Radiation suite à clôture des opérations de liquidation », « Radiation d'office »). Voir entreprise radiée ou cessée.

Société en liquidation amiable : écrivez au liquidateur

« La dissolution de la société entraîne sa liquidation […]. La personnalité morale de la société subsiste pour les besoins de la liquidation jusqu'à la publication de la clôture de celle-ci » (art. 1844-8 du code civil). Pendant cette période, la société reste votre débitrice, et son nom est suivi de la mention « société en liquidation ».

  • À qui écrire : au liquidateur, à l'adresse de liquidation publiée. L'annonce de sa nomination indique « le lieu où la correspondance est adressée » (art. R237-2 du code de commerce). Envoyez une lettre recommandée avec le devis, la preuve de votre paiement et votre demande de remboursement.
  • Ce qu'il doit faire : le liquidateur « est habilité à payer les créanciers » (art. L237-24). Selon la Cour de cassation, « la liquidation amiable d'une société impose l'apurement intégral du passif », les créances contestées devant être garanties par une provision ; faute d'actif suffisant, le liquidateur doit différer la clôture et, le cas échéant, demander l'ouverture d'une procédure collective (chambre commerciale, 26 juin 2007, n° 05-20.569, publié).
  • Si la liquidation traîne : sans clôture dans les trois ans de la dissolution, « tout intéressé peut saisir le tribunal » (art. 1844-8).

Faire connaître votre créance au liquidateur, par écrit et avant la clôture, compte : la Cour de cassation apprécie sa faute au regard de ce qu'il savait du litige avant de clôturer (8 octobre 2013, n° 12-24.825, publié).

Clôturée et radiée : la dette ne disparaît pas

  • La société subsiste : « la personnalité morale d'une société dissoute subsiste aussi longtemps que ses droits et obligations à caractère social ne sont pas liquidés », « en dépit de sa radiation du registre du commerce et des sociétés » (Cour de cassation, chambre commerciale, 20 septembre 2023, n° 21-14.252, publié). Pour agir contre elle, un mandataire ad hoc doit être désigné en justice afin de la représenter.
  • Le liquidateur « est responsable, à l'égard tant de la société que des tiers, des conséquences dommageables des fautes par lui commises dans l'exercice de ses fonctions » (art. L237-12 du code de commerce). Clôturer sans payer ni provisionner une dette connue peut constituer une telle faute. L'action se prescrit par trois ans à compter du fait dommageable ou de sa révélation ; lorsque la créance n'est reconnue que plus tard, le délai court de la décision de justice définitive qui la reconnaît (Cour de cassation, 25 juin 2013, n° 12-19.173, publié).
  • Les associés d'une SARL ou d'une SAS ne répondent des dettes qu'à concurrence de leurs apports ; mais après la clôture, l'ancien associé « est tenu à l'égard des créanciers sociaux dans la mesure de ce qu'il a pu percevoir indûment à l'occasion des opérations de partage » (8 octobre 2013, n° 12-24.825, publié). L'action se prescrit par cinq ans à compter de la publication de la dissolution (art. L237-13).
  • La liquidation judiciaire : un créancier peut encore demander son ouverture dans l'année qui suit la radiation consécutive à la clôture (art. L640-5), en apportant les éléments qui établissent la cessation des paiements. Elle ne garantit pas d'être payé : le client y reste un créancier ordinaire.

Ces démarches sont techniques : un professionnel du droit, ou d'abord un conciliateur de justice, aide à choisir la bonne. Voir litige : qui peut vous aider.

Dissolution sans liquidation : trente jours pour faire opposition

Quand l'associé unique d'une société est lui-même une société, la dissolution entraîne la transmission de tout le patrimoine à cet associé, sans liquidation. « Les créanciers peuvent faire opposition à la dissolution dans le délai de trente jours à compter de la publication de celle-ci » (art. 1844-5 du code civil) ; depuis le 1er octobre 2024, ce délai court de la publication au BODACC (décret n° 78-704, art. 8).

  • Le juge rejette l'opposition ou ordonne le remboursement de la créance, ou la constitution de garanties.
  • Sans opposition, « l'associé unique reçoit l'intégralité du patrimoine de la société dissoute, c'est-à-dire les actifs et les dettes » (Service-Public) : c'est à lui que vous réclamez le remboursement.
  • Ce mécanisme ne s'applique pas lorsque l'associé unique est une personne physique : la société passe alors par une liquidation amiable.

Artisan ou micro-entrepreneur qui cesse son activité

Un entrepreneur individuel n'est pas une société : sa dette vous reste due personnellement après la fermeture.

  • Pendant son activité, il ne répond de ses dettes professionnelles que sur son patrimoine professionnel (art. L526-22 du code de commerce, pour les créances nées depuis le 15 mai 2022). Mais « dans le cas où un entrepreneur individuel cesse toute activité professionnelle indépendante, le patrimoine professionnel et le patrimoine personnel sont réunis » : vous pouvez alors être payé sur l'ensemble de ses biens.
  • Sa résidence principale reste insaisissable par les créanciers professionnels, même après la cessation (art. L526-1 ; Service-Public).
  • S'il engage une procédure de rétablissement professionnel, les dettes portées à la connaissance du juge peuvent être effacées à sa clôture (art. L645-11) : répondez à toute information que vous recevez du tribunal.

Société en sommeil ou injoignable

Une société mise en sommeil, ou dont on n'a plus de nouvelles, existe toujours et reste débitrice : les recours habituels s'appliquent (voir acompte versé, chantier pas commencé). Seules la remise des actes et l'exécution demandent des précautions :

  • un acte peut être signifié par commissaire de justice à une société « qui n'a plus d'établissement connu au lieu indiqué comme siège social » (art. 659 du code de procédure civile) ;
  • une fois une décision obtenue, le commissaire de justice chargé de l'exécution peut interroger les administrations et les banques sur l'adresse, le patrimoine et les comptes du débiteur (art. L152-1 et L152-2 du code des procédures civiles d'exécution).

Les recours et les délais

  • Mise en demeure par lettre recommandée : elle fait courir les intérêts au taux légal (art. 1344-1 du code civil).
  • Tentative amiable obligatoire avant le juge pour une demande de 5 000 € au plus (conciliateur de justice, gratuit), puis injonction de payer ou tribunal.
  • Délais : cinq ans en principe pour réclamer le remboursement (art. 2224 du code civil, art. L110-4 du code de commerce) ; trois ans contre le liquidateur ; cinq ans contre les associés à compter de la publication de la dissolution ; trente jours pour faire opposition à une dissolution sans liquidation ; un an après la radiation pour demander une liquidation judiciaire.

Questions fréquentes

L'entreprise a fermé sans faillite : mon acompte est-il perdu ?

Pas nécessairement. Une société dissoute subsiste pour les besoins de sa liquidation et son liquidateur doit payer ou provisionner ses dettes avant de clôturer ; un artisan en nom propre reste personnellement débiteur. Écrivez au liquidateur ou à l'entrepreneur, par lettre recommandée, avec le devis et la preuve du paiement.

La société a été radiée : puis-je encore agir ?

Oui, dans les délais. La Cour de cassation juge qu'une société dissoute subsiste tant que ses obligations ne sont pas liquidées, malgré sa radiation ; un mandataire ad hoc peut être désigné en justice pour la représenter. Le liquidateur qui a clôturé sans régler une dette connue peut aussi engager sa responsabilité (art. L237-12 du code de commerce).

Combien de temps ai-je pour réclamer mon acompte ?

En principe cinq ans (art. 2224 du code civil et L110-4 du code de commerce). Contre le liquidateur, l'action se prescrit par trois ans ; contre les associés d'une société, par cinq ans à compter de la publication de la dissolution. Pour une dissolution sans liquidation, l'opposition doit être formée dans les trente jours de la publication au BODACC.

Sources officielles

Cet article présente les règles en général, à la date de sa mise à jour. Il ne vise aucune entreprise et ne remplace pas l'avis d'un professionnel du droit sur votre situation.

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